Mercredi 3 février 2010
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Plus j'apprends à les connaître, plus les gens baissent dans mon estime. Tous médiocres, creux, sans profondeur. A
croire qu'ils n'ont pas de sentiments. Qu'ils sont vides, simples pantins, marionnettes, robots, bons à être utilisés et jetés. Je deviens froide, glaciale même, tant pis. Finalement je colle
bien à l'image de ce monde, n'est-ce pas ? On oublie petit à petit nos rêves d'enfants, plus de secrets, plus de mystères, mais le néant. A quoi bon s'accrocher à ce que les autres ont déjà perdu
? Moi aussi bientôt, je serai comme eux, pleine de vide, remplie d'un trou noir dans lequel je m'enfoncerai petit à petit. J'ai peur, oui, mais c'est cette peur qui me permet de continuer à être
comme je suis, à demeurer, ne serait-ce qu'un peu, libre. De penser ce que je veux, comme je le veux, de le cracher comme une injure, de l'étaler dans un poème alambiqué. Mais je change, je
grandis, et hélas je sens cette liberté qui s'éloigne de moi, de mes ailes se détachent quelques plumes -bientôt des fils s'accrocheront à moi. J'aurais bien aimé faire quelque chose d'utile dans
ma vie, quelque chose de beau et de grand, avant de devenir creuse et sans ambition. Moi j'aurais bien aimé la paix dans le monde, la fin de la misère et que tout l'monde soit heureux. Naïf,
pitoyable ? Je sais. Hélas, je sais. Bénie soit l'époque où je ne savais pas ! Où j'étais encore libre de rêver à cela, à un monde meilleur -fondamentalement meilleur. Mais maintenant je vois les
choses telles qu'elles sont, froides, dures et rigides, comme les Hommes, comme moi -c'est ce qui fait le plus mal, n'est-ce pas ? Cette sensation d'être lié à la terre, retenu par le sol, de ne
pas pouvoir s'en détacher et aller voir ailleurs...On nous apprend à nous enfermer, toujours un peu plus serrés, dans des phrases toutes faites et des situations faussement agréables. Une jolie
routine se déroule devant nous, surtout -surtout- ne pas sortir du chemin, ne jamais faire un pas de plus ou un pas de moins sous peine de disparaître immédiatement, lynché publiquement. Et l'on
se blesse, à force de conseils sans issus, d'utopies déchues, de vains espoirs. Petit à petit, la solitude nous gagne, nous agrippe et nous tue lentement. On s'y fait, on se fait à tout, on s'y
fait comme on s'est fait au désespoir et aux ténèbres. On a quelques mots au bout des lèvres mais ils y restent, ne glissent jamais, trop délicats -ils pourraient se briser en touchant les
autres.
Alors les gens baissent dans mon estime par leur égoïsme -que je partage, leur mépris -qui m'est destiné, leur manque de chaleur -qui me gagne, leur violence -que je rejette mais qui
m'emprisonne. Et moi, et moi, où suis-je dans tout cela ? Bientôt ce texte n'aura plus aucun sens. Viendra le beau temps.